ARBRE Interview — Joël Hamada

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Joël Hamada

Doctorant

14 Janvier 2016

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Joël Hamada est chercheur doctorant.  Il travaille avec le Laboratoire d’Etudes et des Recherches sur le Matériau Bois (LERMAB) à l’Université de Lorraine et en collaboration avec le Laboratoire d’Etude des Ressources Forêts-Bois (LERFOB). Il participe au projet EVAQBT2. Son projet de recherche s’intitule “Effet de la variabilité naturelle du bois sur les réactions de thermo-dégradation intervenant lors du traitement thermique du bois dans l’optique de mieux contrôler le procédé et la qualité du matériau obtenu”.

Ci-dessous est l’interview que Joël nous a accordée récemment.

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D’où venez-vous ?

Je suis originaire du Cameroun, pays d’Afrique centrale ouvert sur l’océan Atlantique au niveau du golfe de Guinée entre l’Equateur au Sud et le lac Tchad au Nord.

Pouvez-vous nous décrire votre formation et ce qui vous a amené à travailler avec le LERMAB à l’INRA?

Je suis de formation ingénieur dans les technologies et l’industrie du bois. Après un cycle de 3 ans à l’Université de Florence en Italie, j’ai d’abord travaillé dans la transformation du bois, ensuite dans le commerce des produits bois et dérivés avant d’intégrer le master Forêt Agronomie et Gestion de l’Environnement (FAGE) à l’Université de Lorraine.

C’est lors de mon stage de 6 mois en master 2 au sein du LERMaB que j’ai réellement commencé à travaillé avec l’INRA dans le cadre d’une collaboration avec le LERFoB puisque mon sujet de stage, par ailleurs financé par le LabEx ARBRE, était un projet inter disciplinaire qui réunissait ces deux laboratoires.

Parlez-nous de vos recherches — quelle est votre spécialité et pourquoi est-ce important?

Mes travaux de recherche portent sur le traitement thermique du bois. C’est une méthode de préservation du bois contre la biodégradation causée par les micro-organismes lignivores notamment les champignons de pourriture. Dans cette méthode l’on n’utilise aucun produit chimique pour protéger le bois mais plutôt de la chaleur. Je m’intéresse alors à la compréhension des phénomènes à l’origine de défauts rencontrés par les industriels qui pratiquent cette technique. Grosso modo, je cherche à comprendre la part que l’on pourrait attribuer à la qualité du bois de départ dans ce phénomène de défauts ; sachant que la qualité du bois au départ est liée à sa nature très variable et grandement influençable par la sylviculture.

Cette technique de préservation sans emploi de produits chimiques est écologique, et la compréhension des causes de défauts liées à la qualité du bois initial ouvre la perspective de développer des outils non destructifs de contrôle qualité en amont par une gestion forestière « appropriée ».

Quand avez-vous commencé à vous intéresser à la forêt, au bois et à sa préservation ?

Je me suis toujours intéressé au bois depuis tout petit au Cameroun. J’ai passé un baccalauréat scientifique et technique option industrie du bois au lycée technique de Sangmélima dans le Sud du Cameroun, et je suis originaire de l’Est du Cameroun, région la plus forestière du pays. Déjà tout petit, j’allais le plus souvent en forêt avec mon papa où j’apprenais à reconnaitre les espèces tropicales les plus exploitées dans l’industrie du bois avant même de les apprendre au lycée. Alors, quand j’ai eu mon baccalauréat, c’est tout naturellement que je suis allé suivre les études supérieures à Florence dans les technologies et l’industrie du bois.

Au-delà de la formation théorique que j’avais déjà reçue sur la préservation du bois au cours de ma formation initiale, c’est en travaillant dans le commerce du bois que j’ai pu développer le reflex et la pratique de protéger le bois; déjà contre les intempéries, ensuite, contre les micro-organismes puisque je devais mieux renseigner la clientèle sur les risques encourus par les produits bois lors de leur mise en œuvre. Quand j’ai su que la préservation du bois pouvait se faire sans emploi de produits chimiques, j’ai tout de suite été fasciné par cette avancée scientifique. Puis, l’idée de pouvoir contribuer à l’amélioration de cette technique m’a donné la motivation de travailler sur le thème de l’effet de la variabilité naturelle du bois sur les processus de modification thermique du bois lors du traitement thermique.

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Pour vous, quels sont les enjeux de la recherche scientifique sur le bois et la forêt?

Je pense que les enjeux de la recherche scientifique, de façon générale, relèvent d’abord de la nécessité pour l’homme de mieux comprendre son environnement immédiat et lointain. Cela implique de mieux connaitre de quoi est constituée la matière qui l’entoure, les matériaux dont il se sert pour son existence dans cet environnement afin de continuer à améliorer sa condition en tant qu’être vivant.

Ensuite, pour ce qui est du bois et la forêt, la connaissance du matériau et le fonctionnement des écosystèmes forestiers permet de mieux utiliser le bois et de gérer les forêts qui le produisent de façon à garantir la qualité et la quantité de cette production pour les générations futures limitant ainsi les rejets de CO2 en grande partie responsable du phénomène de réchauffement climatique.

Des conseils pour les jeunes chercheurs?

L’activité de recherche s’organise essentiellement autour de 3 moments : la conception du sujet (diagnostiquer, soulever la problématique, poser des hypothèses, choisir la ou les méthodes), la collecte des données, leur traitement et valorisation.

En tant que jeunes chercheurs (doctorant) généralement l’on trouve le sujet déjà proposé, l’on doit s’occuper alors de la collecte des données et leur valorisation. Pour mener à bien son travail un jeune chercheur aura besoin entre autres du matériel y compris des équipements (parfois simple d’utilisation, parfois demande que quelqu’un d’autre vous explique ou le fasse à votre place) ; il aura besoin d’autres connaissances scientifiques pour mieux exploiter certains aspects de son sujet qui émergent au fur et à mesure de l’avancement ; en travaillant en interdisciplinarité il aura sans doute aussi besoin d’une ou plusieurs collaborations avec d’autres membres soit de son laboratoire soit d’ailleurs ; enfin il aura besoin d’assurer son avenir professionnel.

Tout cela demande souvent de l’initiative personnelle, de l’organisation, de la motivation, de la curiosité intellectuelle, de la patience, de la persévérance, de l’esprit d’équipe, car de nombreuses périodes de doute et d’incertitude ne manquent presque jamais.

Votre travail est-il le fruit d’une collaboration. Si oui, comment cette collaboration a-t-elle influencé votre travail?

La notion de collaboration fait partie intégrante de mon travail, puisque mon sujet de thèse est un fruit de collaboration entre le LERMaB et le LERFoB au travers du LAbEx ARBRE. En pratique, le LERMaB apporte des compétences en matière de procédés et préservation du bois dont le traitement thermique du bois est une des prouesses, grâce à son équipe spécialisée dans l’analyse chimique du bois et le développement de nouvelles méthodes de valorisation et de préservation du bois. En complément à cela, le LERFoB nous fournit son expertise en matière de sylviculture et son impact sur la croissance et donc la formation du bois, grâce à son équipe spécialisée dans la qualité du bois.

Grâce à ce foisonnement de compétences, j’ai pu avancer dans mon travail en réalisant des expériences de traitement thermique au LERMaB sur du bois de chêne (Quercus petraea Liebl.) et sapin (Abies alba) fourni par le LERFoB avec dans la foulée l’étude des densités avant et après traitement au moyen du scanner à rayons-X et le micro-densitomètre dont ils disposent sur le site de l’INRA Champenoux. La valorisation scientifique de mes travaux a été aussi facilitée par les apports complémentaires qu’ont pu apporter les deux équipes notamment dans l’interprétation des résultats.

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Enfin, quels sont vos projets scientifiques pour l’avenir (à court ou long terme)?

J’ai encore pour l’instant mon mémoire de thèse à rédiger et la soutenance à passer, mon contrat se terminant en octobre 2016. J’aimerais poursuivre le travail de recherche sur la thématique de la transformation thermique du bois ; de façon plus approfondie sur les mécanismes qui régissent la loi de dégradation thermique du bois et ses constituants (cellulose, hémicelluloses, lignine, extractibles). Le but étant d’aboutir à prédire le phénomène de perte de masse due à la dégradation thermique des constituants du bois et ainsi pouvoir penser à développer une méthode plus affinée de suivi de cycles de traitement pour un contrôle qualité du produit final. Cela suppose que je trouve un post-doc en France ou à l’étranger.

Pour l’instant je n’ai pas encore de proposition intéressante. Ce qui m’amène à regarder d’autres pistes notamment dans la valorisation énergétique de la biomasse par exemple par voie de gazéification, tout en restant optimiste.