ARBRE Interview – Henri Cuny


Henri Cuny

Postdoctorant

24 June 2014

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Henri Cuny est chercheur postdoctorant.  Il travaille avec le Laboratoire d’Etude des Ressources Forêts-Bois (LERFOB) à l’INRA. Il participe au projet WADE (Wood Acclimation to Disturbed Environments). Son projet de recherche s’intitule “Influence du climat sur la dynamique de formation du bois”. Henri est l’auteur de l’article « Kinetics of tracheid development explain conifer tree-ring structure » publié en mai 2014 dans la revue New Phytologist.

Henri a récemment présenté ses travaux et ceux de son équipe lors de la Conférence TRACE 2014 (Cernes en archéologie, climatologie et en écologie) à Aviemore, en Ecosse, en mai dernier. Henri a reçu le prix de la meilleure présentation orale pour sa conférence “Model of tracheid development explains conifer tree-ring structure” (Un modèle de développement des trachéides qui explique la structure du cerne des conifères). Henri est bénéfice d’une bourse postdoctorale du LabEx ARBRE.

Ci-dessous est l’interview qu’il nous a accordée récemment.

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D’ou venez vous?

Je suis originaire de Gérardmer, une petite ville touristique située au cœur du massif Vosgien, à une centaine de kilomètres au sud-est de Nancy.

Pouvez-vous nous décrire votre formation et ce qui vous a amené à travailler avec le LERFOB à l’INRA ?

Je suis biologiste de formation et 100% local et universitaire, puisque j’ai fait l’intégralité de ma formation à l’université Henri Poincaré de Nancy. J’ai tout d’abord suivi une licence en science de la vie puis le master « forêt agronomie et génie de l’environnement (FAGE)». La première année de ce master comprenait un stage de 6 semaines. Je cherchais à travailler dans le milieu de la forêt et du bois, c’est donc naturellement que je me suis orienté vers l’INRA et le LERFoB, qui est partenaire du master FAGE. Le travail que j’ai alors réalisé m’a tant plu que je n’ai depuis plus quitté ce laboratoire. En effet, j’y ai ensuite effectué un deuxième stage de 5 mois dans le cadre de ma deuxième année de master, avant d’y passer 3 ans et demi pour accomplir mon travail de thèse et finalement obtenir mon diplôme de doctorat l’an dernier. J’y suis aujourd’hui en post-doctorat depuis 9 mois et pour une durée totale de 1 an, financé par le LABEX ARBRE.

Parlez-nous de vos recherches – quelle est votre spécialité et pourquoi est-ce important ?

Mon activité de recherche concerne la formation du bois dans les arbres. Plus précisément, je suis un spécialiste de la dynamique de la formation du bois : quand, combien de temps et à quelle vitesse les processus de production et de différenciation des cellules du bois prennent place durant la saison. Sous nos climats tempérés par exemple, la formation du bois se fait du printemps à l’automne, lorsque les conditions sont favorables, et s’arrête pendant l’hiver pour reprendre au printemps suivant. Cette activité cyclique se matérialise par l’empilement des cernes annuels de croissance. Chaque cellule composant un cerne a été produite et s’est développée durant la saison active selon des dates, des durées et des vitesses qui lui sont propres. Par exemple, une cellule positionnée au tout début du cerne a été produite au printemps et a mis environ 1 mois pour se développer, alors qu’une cellule positionnée à la fin du cerne a été produite au début de l’automne et a mis 2 mois pour se développer. La dynamique est un aspect clé de la formation du bois, car c’est elle qui détermine la quantité et la qualité du bois produit : nombre et forme des cellules, densité du bois. Et c’est en agissant sur la dynamique que les facteurs de l’environnement influencent la quantité et la qualité du bois produit. Bien connaitre la dynamique de la formation du bois est donc essentiel pour réussir à comprendre l’influence des facteurs de l’environnement et en déduire les impacts potentiels du changement climatique sur la production du bois dans nos forêts.

Quand avez-vous commencé à vous intéresser à la forêt, au bois et à sa formation ?

Je suis depuis toujours intéressé par la Nature en général, mais il est vrai que j’ai rapidement éprouvé une fascination particulière pour le milieu forestier. Cette fascination puise certainement son origine des belles forêts Vosgiennes qui ont toujours fait partie de mon environnement et que j’ai parcourues de long en large lors des innombrables randonnées familiales de mon enfance. En outre, ma famille travaille depuis plusieurs générations dans le milieu de la forêt et du bois. Mon père était scieur, alors que mon oncle était à la tête d’une entreprise de construction de chalets. Grandir dans ce contexte familial a également attisé mon attrait pour la forêt et le bois, même s’il est clair que je me suis ensuite bien plus passionné par les aspects biologiques et écologiques que par le côté industriel de la forêt et du bois. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre le fonctionnement des arbres en relation avec leur environnement, et j’aborde aujourd’hui cette problématique à travers l’étude de la formation du bois. J’avais très peu de connaissances sur la formation du bois jusqu’à ce qu’elle fasse l’objet de mon stage en première année de master, il y a 6 ans. J’ai tout de suite été sidéré par l’exceptionnelle complexité de ce processus que j’ai continué à étudier jusqu’à aujourd’hui.

Pour vous, quels sont les enjeux de la recherche scientifique sur le bois et la forêt ?

Il est crucial aujourd’hui d’évaluer l’influence des changements climatiques en cours et à venir sur les organismes, les populations et les écosystèmes. Au niveau des sciences forestières et du bois, comprendre l’influence des changements climatiques est un enjeu majeur car la forêt et le bois ont une importance considérable d’un point de vue écologique, économique et social. Au niveau de mon travail, le principal objectif est ainsi d’arriver à terme à une compréhension très fine de l’influence du climat sur la formation du bois dans les arbres.

Des conseils pour les jeunes chercheurs ?

Je suis moi-même un très jeune chercheur, puisque je ne suis titulaire du diplôme de doctorat que depuis 1 an. Patience et persévérance sont à mon avis deux qualités essentielles à un chercheur, car je sais combien le processus de publication peut être difficile et que le découragement guette. Par exemple, nous venons de publier avec des collègues un article dans la revue New Phytologist. Cet article représente un travail de longue haleine, puisque plus d’une année de travail a été nécessaire à l’acquisition des données, à leur analyse et à la rédaction de l’article, tandis qu’une autre année s’est écoulée entre la date de première soumission et la publication de l’article, notamment en raison de refus de la part de certaines revues. Il est évident que ces longues périodes d’incertitude sont propices à la naissance du doute. Je pense cependant que ce doute est fondamental et doit être accueilli positivement, car c’est lui qui nous pousse à nous remettre en question et à avancer dans le travail.

Votre travail est-il le fruit d’une collaboration. Si oui, comment cette collaboration a-t-elle influencé votre travail ?

Aujourd’hui, les collaborations entre scientifiques sont incontournables et nécessaires. Nous sommes de plus en plus spécialisés, il est donc essentiel de s’associer à des personnes de compétences diverses pour arriver à comprendre les systèmes étudiés dans leur globalité. Impliquer des personnes extérieures permet en outre d’avoir un regard nouveau sur son travail. Par exemple concernant l’article paru récemment dans New Phytologist, j’expliquais précédemment que nous avions essuyé des refus de la part de certaines revues. A la suite de ces refus, nous avons décidé d’associer au travail deux scientifiques du WSL en Suisse. Cette collaboration nous a considérablement aidés à cibler les points faibles du travail et donc à l’améliorer, ce qui a conduit à sa publication. Cette collaboration continue d’ailleurs aujourd’hui pour la réalisation d’autres travaux. Je collabore également avec une équipe de recherche de l’université du Québec à Chicoutimi, à qui j’apporte mon savoir-faire en terme d’analyse des données de la dynamique de la formation du bois.

Enfin, quels sont vos projets scientifiques pour l’avenir (à court ou long terme) ?

Mon contrat actuel se termine dans 3 mois, fin septembre. Mon choix numéro 1 est de poursuivre mon travail sur cette thématique, mais je reste bien sûr ouvert à d’autres sujets, de préférence en liens avec la forêt et le bois. Plusieurs laboratoires étrangers (en Suisse notamment) sont intéressés pour m’accueillir, mais l’obstacle majeur reste celui du financement. Je dois donc maintenant faire des demandes pour obtenir une bourse (par exemple une bourse Marie-Curie) qui me permettrait de mener à bien mes projets.

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Pour plus d’informations ..

Henri Cuny – projet postdoctorant
Article Abstract – Kinetics of tracheid development explain conifer tree-ring structure – New Phytologist
Presentation abstract TRACE 2014 – Aviemore, Scotland
Poster – Juin 2010